France / Italie 115 mn n.b
Réalisateur : François Truffaut
Scénario : Jean-Louis Richard, Suzanne Schiffman, François Truffaut
Photographie : Pierre-William Glenn
Musique : Georges Delerue
Interprètes : Jacqueline Bisset, Valentina Cortese, Dani, Alexandra Stewart, Jean-Pierre Aumont, Jean Champion, Jean-Pierre Léaud, François Truffaut, Nathalie Baye, ...
Oscar : Meilleur film étranger
Synopsis :
Aux studios de la Victorine, à Nice, un cinéaste français, Ferrand, commence son nouveau film, "Je vous présente Pamela". C'est le début de multiples péripéties : entre les aléas du tournage, les caprices des acteurs, leurs problèmes sentimentaux et la pression exercée par le producteur... Ferrand se demande s'il arrivera à terminer son film...
Critique de "1001 Films" :
Dans une scène typique du film, le réalisateur, Ferrand (joué par Truffaut lui-même), fait tomber une pile des derniers livres de cinéma qu'il a achetés (sur Bresson, Rossellini, Hitchcock) tandis que le thème musical de Georges Delerue sort déformé du téléphone. Le mélange de détails quotidiens avec un lyrisme inattendu, retenu, est la quintessence de Truffaut.
La nuit américaine est sa lettre d'amour au cinéma. Prêtant le flanc à la controverse dans cette période d'après 68, il choisit pour objet le cinéma classique de studio, pas celui de la Nouvelle Vague, et présente son métier comme un artisanat plutôt qu'un art. Personne ne prétend que le film de Ferrant, Je vous présente Pamela, est un chef-d'oeuvre et en fin de compte, le résultat compte moins que le processus collectif qui y mène. Truffaut fait le portrait affectueux des relations de famille entre acteurs et techniciens au lieu de la lutte pour le pouvoir généralement montrée, faisant de son film le contraire absolu du Mépris de Jean-Luc Godard (1963).
Dans une tonalité générale de sagesse douce-amère, une riche distribution (du calme Jean-Pierre Aumont à l'explosif Jean-Pierre Léaud) partage des leçons fugaces sur la vie, l'amour, la perte. Le film croque une série de personnages habilement comparés les uns aux autres sur certains points, par exemple leur attitude envers les passades amoureuses (tragique pour le personnage de Jacqueline Bisset après que Léaud a rendu publique leur relation, désinvolte pour Nathalie Baye en assistante aux pieds sur terre).
Truffaut souligne le caractère éphémère, fragile et irréel de la vie sur un plateau, permettant même à quelqu'un d'extérieur, dans une scène inattendue et hilarante, de fustiger ces gens du cinéma pour leur immoralité. Comme son titre l'indique, le film dénonce avec douceur les illusions d'un tournage mais entretient en même temps l'admiration pour la magie du cinéma. Comme on peut s'y attendre, les scènes de tournage (fébrilité dans la salle de montage, scène délicate tournée sous la neige artificielle) expriment une profonde affection pour les côtés terre à terre de ce métier.
Le cinéma de Truffaut est à l'opposé du spectaculaire. Il n'y a pas d'accent mélodramatique dans ce film, pas de rhétorique ostentatoire dans sa mise en scène. Truffaut maintient une légèreté de ton et narre les événements avec avec une grande économie de moyens. En cela, il marie réellement la tension de Hitchcock ou de Lang avec la grâce dans l'observation de Renoir ou de Becker. A ceux qui ne voient dans La nuit américaine qu'un film insignifiant ou manquant de sérieux, la réussite de Truffaut à ce niveau ne peut que leur échapper totalement.
Dans la succession capricieuse de situations ordinaires, les rares moments de drame surgissent comme des interruptions soudaines, telle la mort d'Alexandre (Jean-Pierre Aumont), qui modifient l'atmosphère. La tristesse de ces événements souligne l'intensité des plaisirs fugaces des personnages : moments secrets d'intimité ou de complicité, joyeuses apparitions, éruptions de comédie, baisers volés. La nuit américaine contient quelques unes des plus jolies scènes de Truffaut dans cette veine.
"Un tournage de film, c'est comme un trajet de diligence au Far West ", disait Truffaut...
Avec La Nuit Américaine, il répond à la question qui intrigue tout amateur de cinéma : "Comment tourne-t-on un film ?"
Ce film est dédié aux soeurs Dorothy Gish et Lillian Gish, toutes deux actrices (du muet) du réalisateur D.W. Griffith (réalisateur entre autre de Naissance d'une nation, film ultra controversé sur le racisme, et en particulier le KKK... j'en parlais hier avec Chris ;-) ) très admiré par François Truffaut.
Ptet le film le plus personnel de Truffaut... en tout cas, mon préféré de lui... ;-)
C'est tellement précis, tellement réel, et tellement sincère que ça pourrait presque passer pour un documentaire...
Mais non, c'est bien un film! lol
Drôle, tragique parfois, avec des interprétations plus qu'honorables de tous les acteurs, il est vraiment vraiment vraiment à voir!!!!!




